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Changements climatiques, communications et collaboration

17 août 2018

Sarah Czunyi

Agent(e) de gestion de programme

En août dernier, des pluies saisonnières intenses ont causé de graves inondations et touché des millions de personnes dans l’État du Bihar à la frontière de l’Inde et du Népal. La maison de Chatti Devi a été l’une des rares à résister aux eaux de crue et à leurs conséquences silencieuses : la propagation de maladies hydriques causées par la contamination de l’eau et le manque d’installations sanitaires. Chatti et sa famille ont réussi à éviter les maladies hydriques grâce à la toilette EcoSan installée sur une plateforme surélevée à leur domicile. Depuis que l’efficacité des toilettes a été prouvée lors de l’inondation, l’intérêt envers ces toilettes s’est accru parmi les membres de la collectivité et au niveau des politiques.

Mais comment cet exemple de réussite peut-il mener à des solutions semblables qui aident les personnes et les collectivités à s’adapter aux changements climatiques et aux risques connexes ?

Le rôle des communications en matière d’adaptation aux changements climatiques

Les changements climatiques sont un enjeu de plus en plus urgent. Les estimations actuelles démontrent que mondialement, nous dépasserons un réchauffement de 2 °C d’ici la fin du siècle. Les effets des changements climatiques se font déjà sentir dans de nombreuses parties du monde. L’adaptation est essentielle, pourtant, la capacité d’adaptation des personnes est fortement influencée par le type de renseignements qui leur sont disponibles.

Jusqu’à récemment, les communications en matière de changements climatiques étaient grandement perçues comme une approche descendante où les renseignements scientifiques étaient transmis au public en supposant qu’ils entraîneraient des changements de comportement. Cependant, la présentation de faits est insuffisante. Même l’efficacité prouvée d’essais pilotes d’adaptation, comme les toilettes EcoSan au Bihar, n’est pas une garantie de l’acceptation et de l’utilisation.

Le langage scientifique a tendance à être restrictif, par conséquent, les messages doivent être adaptés et accessibles au grand public. Il est devenu de plus en plus évident que la personne qui communique les renseignements, la manière dont elle le fait, et avec quelles intentions, sont des facteurs essentiels qui doivent être pris en compte si nous espérons provoquer un changement. Les connaissances produites en collaboration et les communications dans les deux sens sont de plus en plus reconnues comme étant efficaces[1] dans des contextes de pays en développement où les populations sont parmi les plus vulnérables aux effets des changements climatiques.

Les communications sur les changements climatiques sont devenues un travail à part entière. On met désormais l’accent sur l’adaptation aux changements climatiques plutôt que sur la communication concernant les changements climatiques. Ce changement d’approche pose son propre défi unique qui tient compte non seulement de facteurs spatiaux et temporels, mais également des conditions locales, des visions du monde différentes, des longues périodes de temps, et des hauts niveaux d’incertitude.

Diversité et collaboration

Le programme concernant l’Initiative de recherche concertée sur l’adaptation en Afrique et en Asie (IRCAAA) est un modèle de sept ans fondé sur les consortiums qui met l’accent sur la recherche de solutions d’adaptation dans différents points névralgiques de changement climatique en Afrique et en Asie. Ces points névralgiques sont des zones géographiques grandement sensibles aux changements climatiques et habitées par des milliards de personnes pauvres et vulnérables. Chatti Devi et sa collectivité ne sont qu’un exemple des nombreux sites de recherche de l’IRCAAA qui se trouvent dans 17 pays d’Afrique et d’Asie du Sud.

L’adaptation est un besoin pressant dans ces zones névralgiques. Une leçon commune apprise pendant la vie du programme et sur les sites variés de recherche est la nécessité de contextualiser les approches de communication à l’intention de différents publics, avec des partenaires différents, et pour des objectifs différents. Cela est allé de l’élaboration conjointe de matériel pour des participants alphabètes et analphabètes à la désignation de priorités économiques pour acheminer les renseignements sur les changements climatiques aux décideurs de différents secteurs.

L’approche coopérative de l’IRCAAA présente un défi supplémentaire (et une occasion) en matière de communication. Nous collaborons avec plus de 40 établissements partenaires et plus de 400 chercheurs et professionnels qui travaillent pour le même but, mais qui ont des antécédents très différents. En coproduisant des communications ciblées étatiques ou nationales, nous avons appris que bien que la synthèse collaborative puisse avoir des coûts transactionnels élevés (en ce qui concerne le temps, le coût, et le renforcement de la confiance et des relations), ces visions, processus et apprentissages partagés ont en fait entraîné de vrais résultats.

Toutefois, la nécessité d’intégrer explicitement les communications dans le programme dès le départ, plutôt que d’en faire une réflexion après coup de notre processus de recherche, est encore plus importante que la diversification des communications.

Les consortiums de l’IRCAAA, qui en sont à leur dernière année, continuent de donner aux publics pertinents des résultats de nos recherches sur les régions semi-arides, les deltas, et les bassins hydrographiques alimentés par l’eau des glaciers. Au niveau du programme, nous nous efforçons de faire en sorte que les récits importants, comme celui de Chatti, soient entendus et que notre travail sur la climatologie, l’adaptation efficace, la migration, l’égalité entre les sexes et l’égalité sociale, et notre recherche sur les effets atteindront ultimement les collectivités qui seront les plus touchées par les changements climatiques rapides. Nous espérons que d’autres pourront apprendre de notre expérience et qu’ils pourront en tirer parti pour concevoir de nouvelles initiatives percutantes d’adaptation aux changements climatiques qui reconnaissent l’importance de la communication dans toutes les étapes d’un projet ou d’un programme, de la conception à la mise en oeuvre.

Sarah Czunyi est agente de gestion de programme qui oeuvre au programme Agriculture et environnement du CRDI.

[1] Voir Swanepoel, S. 2018, Communicating climate change. Résumé du rapport sur la conférence Adaptation Futures, African Earth Rights; et Tschakert, P. 2007, Views from the vulnerable: Understanding climatic and other stressors in the Sahel. Global Environmental Change 17, 381-396.