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Démêler les mythes entourant la jeunesse et la violence

11 août 2020

Martha Mutisi

La population mondiale des jeunes atteindra 2,5 milliards d’ici 2025, ce qui est de plus en plus considéré comme une source de préoccupation socioéconomique et politique. La notion selon laquelle les jeunes sont des instruments de violence, causant l’insécurité plutôt que de contribuer à la paix, persiste. Cependant, les preuves du contraire sont de plus en plus nombreuses et l’Étude indépendante sur les jeunes, la paix et la sécurité menée par les Nations Unies conclut que seule une faible proportion des jeunes sont engagés dans la violence.

Il est important de démystifier la perception des jeunes comme moteurs de la violence pour assurer un développement inclusif et durable et pour comprendre le rôle plus important et plus percutant que jouent les jeunes dans la promotion de communautés stables et sûres.

Comment contribuent les jeunes à la paix et à l’inclusion

Plutôt que de définir les jeunes selon leur expérience de la violence, il est plus utile d’analyser les façons dont les jeunes parviennent (avec un soutien minimal) à remettre en question les cultures et les institutions de violence et d’exclusion.

Les jeunes montrent qu’ils ont un intérêt commun à ce que les communautés soient pacifiques, stables et saines. Des recherches soutenues par le CRDI en Afrique du Sud ont révélé que même dans les communautés fragiles touchées par la violence des gangs, les jeunes cultivent des lieux de paix. L’apartheid a laissé en héritage un taux élevé de pauvreté, de chômage, d’inégalité et un effondrement des services sociaux en Afrique du Sud. Pourtant, de jeunes hommes et femmes deviennent les architectes de communautés urbaines plus pacifiques en participant aux comités locaux pour la paix et aux clubs de génération de revenus.

Les jeunes Africains éliminent les obstacles à la participation politique, créent des espaces de dialogue avec les décideurs politiques, prônent l’engagement des citoyens et exigent que les institutions publiques rendent des comptes. Par exemple, après 40 ans de défis politiques et économiques au Zimbabwe, 60 % des 5,6 millions de personnes qui se sont inscrites pour voter en 2018 avaient moins de 40 ans. Les mouvements sociaux dirigés par des jeunes ont connu une croissance exponentielle dans le pays.

Engagement pour la santé et la sécurité

Les partenaires de recherche du CRDI ont relevé de nombreuses façons dont les jeunes contribuent aux réponses communautaires à la pandémie de COVID-19. Grâce au Youth Empowerment and Transformation Trust, par exemple, de jeunes Zimbabwéens s’emploient à rassembler et à compiler des renseignements sur la pandémie. Ils s’efforcent de fournir à la population de l’information crédible qui renforce non seulement les mesures de prévention, mais permet également de parer au risque de panique, de peur, de discours de haine et de stigmatisation. Des mesures similaires sont en cours en Ouganda et au Kenya, où les jeunes utilisent des plateformes virtuelles telles que Facebook et Twitter pour mieux faire connaître la COVID-19 et souligner l’importance d’approches inclusives, sensibles aux sexospécificités et fondées sur les droits de la personne pour répondre à la pandémie.

Il devient de plus en plus évident que les jeunes sont capables d’utiliser les plateformes existantes pour promouvoir la paix et la sécurité. En Tanzanie et au Kenya, les chercheurs ont examiné la façon dont les jeunes hommes et femmes participent à un réseau de groupes locaux d’alerte précoce et de prévention de la violence appelé « nyumba kumi ». Cet engagement dans la police de proximité a permis de créer une solide culture de collaboration avec les services de police et les décideurs politiques, tout en permettant aux jeunes de jouer un rôle de premier plan dans la résolution des problèmes de gouvernance auxquels sont confrontées leurs communautés.

Ces efforts démontrent que les jeunes méritent d’être soutenus dans le développement d’initiatives et de jouer un rôle actif en faveur du développement durable.

Comprendre les causes et les facteurs de l’insécurité

Chez les jeunes hommes et femmes, l’expérience de l’insécurité et de la violence ne se fait pas en vase clos, et les recherches soutenues par le CRDI montrent que l’implication des jeunes dans des groupes violents ne peut être attribuée à une seule cause. Les résultats de cette étude permettent aux décideurs politiques de mieux connaître les nombreux facteurs et souvent complexent à l’origine de la violence des jeunes.

Les recherches menées au Kenya et en Ouganda, par exemple, mettent en évidence une interaction complexe et cumulative des forces sociales, économiques et politiques qui poussent les jeunes à s’engager dans l’extrémisme violent, tandis que les recherches au Mali et au Burkina Faso concluent que les facteurs économiques ne sont pas à eux seuls à l’origine de la radicalisation. Des recherches menées en Afrique du Sud ont révélé de nombreuses raisons pour lesquelles les jeunes participent à la violence des gangs, notamment la rupture des liens sociaux et l’absence de modèles. Compte tenu de cette réalité, les interventions politiques visant à promouvoir la cohésion sociale peuvent être plus efficaces lorsqu’elles répondent aux besoins psychosociaux des jeunes.

Si les facteurs économiques ne permettent pas d’expliquer facilement et adéquatement la violence des jeunes, alors il faut poursuivre les recherches afin de comprendre ce qui motive les jeunes à s’engager et à se désengager de la violence. Une stratégie que les décideurs politiques peuvent employer consiste à interroger les programmes d’emploi des jeunes qui sont conçus pour lutter contre la violence. En effet, même si des moteurs économiques de la violence ont été notés dans des recherches antérieures, il faut davantage de données probantes pour confirmer cette corrélation. Cette lacune dans la recherche a incité le CRDI à investir davantage en Afrique et en Amérique latine pour étudier les liens entre l’économie et la sécurité.

Les recherches soutenues par le CRDI qui se penchent sur le rôle complexe des jeunes dans les processus de paix et de sécurité montrent clairement que le fait de les considérer comme des instruments de violence est non seulement sans fondement, mais nuit à l’efficacité des politiques de sécurité et de prévention de la violence. Les recherches sur la jeunesse et la sécurité ont contribué à mettre en lumière les multiples identités que possèdent les jeunes et les nombreuses interactions dans lesquelles ils évoluent pendant l’adolescence et le début de l’âge adulte. Au-delà de la compréhension des expériences de violence vécues par les jeunes, les décideurs politiques peuvent également enrichir leurs mesures en s’appuyant sur les solutions de paix et de sécurité proposées par les jeunes.