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Développement de vaccins innovants pour les pays du Sud

28 août 2018

Renée Larocque

Spécialiste de programme principale

Musa Mulongo

Administrateur(trice) de programme principal(e), CRDI

Plus d’un milliard de personnes parmi les plus pauvres de la planète, particulièrement des femmes, des membres de minorités et des agriculteurs sans terre, dépendent de l’élevage pour assurer leur subsistance. Les maladies infectieuses du bétail sont responsables de plus de 25 % des pertes de production agricole dans les pays en développement, et elles emprisonnent les petits exploitants agricoles dans un cycle de pauvreté. La santé du bétail est essentielle pour atteindre les objectifs de développement durable (ODD) numéro 1 « pas de pauvreté » et numéro 2 « faim “zéro” » des Nations Unies.

Le rôle des vaccins dans les programmes d’éradication des maladies animales

La peste bovine est la seule maladie du bétail à avoir été éradiquée avec succès. Cette maladie virale hautement contagieuse, qui touche les animaux bionglés (surtout les bovins et les bisons), a été éradiquée officiellement en 2011. Un vaccin hautement efficace contre toutes les souches du virus de la peste bovine se trouve au coeur du succès du programme d’éradication.

Un nouveau programme mondial d’éradication est en cours et il s’avère viable : le Programme mondial d’éradication de la peste des petits ruminants (PPR). La PPR est une maladie virale qui touche les petits ruminants et qui a des effets dévastateurs sur les collectivités de petits exploitants. La perte de bétail force les pasteurs et les propriétaires ruraux de bétail à quitter leur terre pour trouver des moyens de subsistance de rechange. L’effet annuel mondial de la PPR est estimé entre 1,4 milliard de dollars américains et 2,1 milliards de dollars américains. Maintenant qu’on a mis au point un vaccin vivant atténué qui confère une immunité à long terme contre toutes les souches de la PPR après une seule injection, il devient possible d’éradiquer la PPR d’ici 2030.

Même si les programmes d’éradication de ces deux maladies démontrent que des vaccins accessibles, abordables et efficaces ont le potentiel d’éliminer entièrement la menace que posent les maladies du bétail pour la santé et les moyens de subsistance des petits exploitants agricoles, il n’existe aucun vaccin contre de nombreuses autres maladies du bétail qui touchent les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire (PFR-PRI), ou alors, les vaccins disponibles sont de piètre qualité, sont peu sécuritaires et offrent une protection limitée.

Favoriser le développement et l’utilisation des vaccins grâce à des approches novatrices

Des percées majeures des deux dernières décennies dans les domaines de la biotechnologie et de la vaccinologie ouvrent la voie à la découverte accélérée de vaccins, à la combinaison de multiples agents pathogènes, et à la personnalisation en temps réel de vaccins contre de nouvelles souches d’agents pathogènes. Il existe un besoin urgent d’appliquer ces technologies au développement de vaccins pour le bétail et d’encourager les partenariats qui accéléreront la création et l’utilisation de nouveaux vaccins.

Le CRDI, la Fondation Bill et Melinda Gates et Affaires mondiales Canada ont reconnu le besoin urgent d’investir dans la mise au point de nouveaux vaccins pour le bétail afin de lutter contre les maladies qui touchent disproportionnellement les petits exploitants agricoles pauvres dans les PFR-PRI. Ces partenaires ont créé conjointement le Fonds d’innovation en vaccins pour le bétail (FIVB), une initiative d’une valeur de 57 millions de dollars canadiens sur cinq ans qui vise à appuyer l’élaboration, la production et la commercialisation de vaccins novateurs contre les maladies des animaux d’élevage (y compris la volaille) en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud et du Sud-Est.

Le FIVB tombe particulièrement à point, car :

  • le bétail joue un rôle important en tant que réservoir de maladies infectieuses humaines (60 % des maladies humaines sont causées par des agents pathogènes transmis par le bétail);
  • les agents pathogènes sont de plus en plus complexes en raison des effets des changements climatiques, représentant ainsi des défis uniques et imprévisibles qui requièrent une intervention rapide et efficace;
  • l’utilisation continue et non réglementée d’agents antimicrobiens pour traiter les infections des animaux dans les PFR-PRI entraîne graduellement une résistance aux antimicrobiens qui pourrait avoir des effets dévastateurs sur la santé humaine et animale;
  • le bétail joue un rôle important dans l’établissement et le maintien de la sécurité alimentaire des populations;
  • il existe une menace de nouvelles infections ayant le potentiel d’entraîner une mortalité élevée.

 

Des mécanismes novateurs sont nécessaires pour accélérer la mise au point de vaccins pour le bétail et pour les mettre à la disposition des personnes qui en ont besoin à une échelle qui aura un effet réel.

Ces mécanismes comprennent :

  • promouvoir l’utilisation de technologies de pointe dans le développement de vaccins et tirer parti de ces technologies;
  • améliorer la capacité des pays du Sud à contrôler les maladies du bétail à l’aide des vaccins existants, tout en renforçant la production et l’adoption d’une nouvelle génération de vaccins;
  • augmenter l’investissement financier dans la recherche et le développement de vaccins;
  • appliquer une approche globale à la mise au point de vaccins pour le bétail, de la découverte en laboratoire à l’accès pour les exploitants de petits élevages;
  • encourager les partenariats public-privé pour développer plus rapidement des vaccins et résoudre les impasses critiques dans la chaîne de valeur des vaccins.

Combiner les technologies de pointe avec les partenariats public-privé pour accélérer le développement de vaccins

La collaboration entre Tiba Biotechnology aux États-Unis, l’Onderstepoort Veterinary Institute de l’Agricultural Research Council (ARC-OVI) en Afrique du Sud et le Moredun Research Institute au Royaume-Uni constitue un excellent exemple de la façon dont le CRDI appuie des projets de recherche qui englobent tous ces mécanismes. Ensemble, ces partenaires travaillent à mettre au point un nouveau vaccin contre la fièvre aphteuse, la maladie virale la plus contagieuse des animaux bionglés. Bien que la fièvre aphteuse n’entraîne qu’une faible mortalité, on évalue à plus de 8 millions de dollars américains par an les pertes liées à cette maladie dans les PFR-PRI.

Le partenariat tirera profit des technologies de pointe en matière de vaccins ARN synthétiques de Tiba Biotechnology, de même que de l’expérience de classe mondiale en vaccinologie du Moredun Research Institute relativement à la fièvre aphteuse, et il renforcera les capacités des pays du Sud par l’entremise de l’ARC-OVI. Le vaccin ARN synthétique attendu sera thermostable et facile à produire en deux semaines, et il protégera le bétail contre de multiples souches du virus de la fièvre aphteuse. La collaboration avec les organismes de réglementation, les praticiens publics et privés en santé animale et les fabricants de vaccins augmentera la production et l’utilisation de ce vaccin.

Le FIVB transforme la façon dont les vaccins pour le bétail sont développés, produits, obtenus et utilisés dans les PFR-PRI. Cette transformation est fondée sur l’adoption d’une gamme d’approches novatrices et de collaborations qui devraient réduire le délai entre la découverte d’un vaccin et sa mise à disposition des petits exploitants agricoles. Ces approches devraient apporter des changements dont les effets seront suffisamment importants pour améliorer les moyens de subsistance et la nutrition des petits exploitants agricoles dans les PFR-PRI.

Renée Larocque est spécialiste de programme principale et Musa Mulongo est administrateur de programme principal au sein de la Direction générale de la santé du bétail du programme Agriculture et environnement du CRDI.