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Données pour le développement : nous avons besoin de systèmes efficaces d’enregistrement des faits d’état civil et de l’établissement des statistiques de l’état civil

5 mars 2019

Sana Naffa

Spécialiste de programme principale

En 2015, les Nations Unies ont adopté le Programme de développement durable à l’horizon 2030, en le qualifiant de « marche à suivre commune pour parvenir à la paix et à la prospérité au bénéfice des personnes et de la planète ». Les 17 objectifs de développement durable (ODD) de ce programme visent notamment à mettre fin à la pauvreté et à d’autres privations, à améliorer la santé et l’éducation, à réduire les inégalités et à stimuler la croissance économique.

Plusieurs pays ne disposent toutefois pas des données nécessaires pour prendre les décisions politiques qui leur permettraient d’atteindre ces objectifs et d’évaluer leur efficacité en matière de développement durable. Dans la plupart des cas, ils utilisent des enquêtes et des recensements pour produire des statistiques de l’état civil. Ces méthodes sont coûteuses et leur qualité et leur couverture sont limitées, surtout en ce qui concerne les statistiques sur les décès et les causes de décès, des données requises pour prendre des décisions en matière de santé et de politique sociale.

Des données continues, universelles et fiables provenant de système d’enregistrement des faits d’état civil et de l’établissement des statistiques de l’état civil (ESEC) et d’autres systèmes, comme les systèmes d’information sur la santé et de gestion de l’identité seraient des sources de données plus efficaces. En fait, lorsque ces secteurs travaillent ensemble, ils peuvent fournir les données nécessaires à l’établissement de rapports liés à 67 des 230 indicateurs, et favoriser l’atteinte de la cible 16.9 visant à garantir à tous une identité. On peut obtenir de plus amples renseignements sur les systèmes d’ESEC et les ODD dans la publication suivante de la Banque mondiale : Système d’enregistrement des faits d’état civil et de l’établissement des statistiques de l’état civil (ESEC) pour le suivi des objectifs visant le développement durable (ODD).

Il devient de plus en plus évident qu’en raison de deux grands défis, plusieurs pays ne sont pas en mesure de disposer de systèmes efficaces de ce genre. Le premier défi est lié à de faibles capacités de collecte et de traitement des données des systèmes d’ESEC. Le deuxième est lié à un manque de coordination entre les principaux systèmes de production de données.

Générer de meilleures données des systèmes d’ESEC

Plusieurs pays souhaitent améliorer ou renforcer leurs capacités de collecte et de traitement des données des systèmes d’ESEC en mettant à l’essai de nouvelles technologies qui permettent d’accroître le nombre de personnes qui enregistrent leurs faits d’état civil, comme les naissances et les décès. D’autres programmes novateurs visent à améliorer la qualité des registres de l’état civil et des rapports nationaux annuels sur les statistiques de l’état civil.

C’est à ce niveau que le Canada intervient et donne un coup de main. Le Centre d’excellence sur les systèmes ESEC, soutenu par Affaires mondiales Canada et hébergé au CRDI, a contribué à la mise en place d’une version en personne du cours en ligne sur les systèmes d’ESEC de la Banque mondiale. Vital Strategies, un organisme dont le siège se trouve aux États-Unis, et la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique sont d’autres partenaires qui ont participé à ces activités. L’année dernière, des représentants provenant de 28 pays africains ont participé au cours d’une durée de deux semaines en Namibie et au Sénégal, pendant lequel des membres du personnel de services d’enregistrement des faits de l’état civil, de ministères de la Santé et de la Statistique et d’instances législatives ont acquis des connaissances et des compétences clés en matière d’ESEC.

À titre de pôle de connaissances mondial, le Centre d’excellence consigne et diffuse des pratiques exemplaires en matière d’amélioration et de mise à l’échelle des systèmes d’ESEC en vue de favoriser l’apprentissage et les échanges. C’est dans cet esprit que nous avons organisé une séance de formation lors du deuxième Forum mondial des Nations Unies sur les données, à Dubaï, en 2018 (en anglais seulement). Elle nous a permis de mettre en évidence un grand nombre d’approches novatrices.

Au Rwanda, par exemple, l’Institut national de la statistique a bénéficié du travail de programmeurs locaux pour développer et gérer des logiciels permettant de numériser les statistiques de l’état civil. Au Kirghizistan, les registres de l’état civil en format papier ont été numérisés dans un système d’état civil électronique, pour produire des rapports complets, en temps opportun, sur les statistiques de l’état civil.

Les participants ont aussi échangé de bonnes pratiques axées sur la collaboration. En Mongolie, l’autorité responsable de l’enregistrement des faits de l’état civil a signé un protocole d’entente avec le bureau national de la statistique et le ministère de la Santé afin d’accélérer la numérisation et la mise en commun des bases de données. Pour remédier au faible taux de couverture de la population au Kenya, les efforts d’enregistrement des faits d’état civil ont été intégrés à la stratégie nationale et au plan d’action pour la santé maternelle et infantile, ce qui a permis aux ministères gouvernementaux d’intégrer des programmes d’immunisation et d’enregistrement des faits civils.

Ces échanges et ces apprentissages à l’échelle internationale s’avèrent essentiels en vue d’économiser du temps et des ressources en mettant l’accent sur des investissements qui ont déjà fait leurs preuves.

Améliorer la coordination institutionnelle

Le renforcement des capacités et l’échange de bonnes pratiques ne suffisent pas à eux seuls. C’est la raison pour laquelle le Centre d’excellence soutient aussi des mesures visant à favoriser le renforcement des coopérations institutionnelles.

Un mécanisme efficace et centralisé de coordination à l’échelle nationale, fondé sur de solides principes de coopération, s’avère essentiel pour assurer la réussite des systèmes d’ESEC. Il devrait comprendre les ministères et organismes compétents, et un organisme central désigné devrait supervise l’élaboration, la mise en oeuvre et le contrôle des plans stratégiques nationaux en matière d’ESEC. La volonté politique est un autre facteur clé de réussite qui devrait donner lieu à des affectations budgétaires et à des législations adéquates, ainsi qu’à une gouvernance et à une reddition de comptes efficaces.

Pour favoriser la coopération institutionnelle, le Centre d’excellence sur les systèmes ESEC a soutenu le Programme pour l’amélioration accélérée de l’enregistrement des faits d’état civil et de l’établissement des statistiques de l’état civil en Afrique et la création d’une nouvelle entité, le Comité des registraires généraux de l’état civil africains, pour renforcer les fonctions d’enregistrement des faits de l’état civil à l’échelle régionale, ainsi que dans chaque pays africain.

Je suis convaincu que ce genre d’innovations et d’investissements en formation et coordination sont indispensables en vue de mettre en place des systèmes d’ESEC durables et efficaces. Si les membres de la communauté internationale ne travaillent pas ensemble afin de relever les défis qui se posent à l’échelle nationale, régionale et mondiale, nous raterons une belle occasion de faire en sorte que chaque vie et chaque personne compte.

S’ils n’investissent pas dans les personnes qui gèrent les systèmes d’ESEC et dans les systèmes eux-mêmes, les pays concernés ne seront pas en mesure de produire les données nécessaires pour assurer un suivi des progrès accomplis à l’égard des ODD. Le Canada contribue donc à mettre un terme à la négligence historique entourant ces systèmes cruciaux.