Aller au contenu principal

Investir dans le potentiel des femmes pour réduire les pertes après récolte

25 mai 2017
Jemimah Njuki

Jemimah Njuki

Spécialiste de programme principale, CRDI

Qu’est-ce que l’investissement dans le potentiel des femmes peut bien avoir à faire avec la question des pertes après récolte ? Tout !

Selon un rapport publié en 2015, pour 100 tonnes de maïs produites, jusqu’à 25 tonnes sont perdues avant d’arriver dans l’assiette du consommateur. Dans le cas des produits frais, les pertes peuvent doubler : jusqu’à 43 % des fruits et 56 % des légumes produits sont perdus.

Environ 80 % de ces pertes de nourriture se produisent pendant la récolte et le stockage. En outre, des études menées dans la plupart des pays d’Afrique indiquent que les femmes fournissent la plus grande partie de la main-d’oeuvre liée à la récolte et au stockage. C’est là que l’investissement dans le potentiel des femmes peut tout changer.

Prenons par exemple le séchage du poisson – méthode permettant de conserver le poisson pour les marchés en retirant l’eau de l’aliment. Au Malawi et ailleurs en Afrique, la plupart des personnes qui exécutent cette tâche sont des femmes; elles dépendent du soleil pour sécher le poisson. Toutefois, au Malawi, comme la principale saison de pêche coïncide avec la saison des pluies, les femmes doivent constamment surveiller le poisson pour le retirer des lits de séchage lorsqu’il pleut et le remettre en place lorsque la pluie cesse. Ainsi, elles ne peuvent pas participer à d’autres activités économiques. Une grande quantité de poisson pourrit sur les lits de séchage.

Un autre exemple est le battage des haricots. En raison de l’absence de mécanisation, la séparation des cosses et des haricots est une tâche laborieuse, souvent réalisée par des femmes et des enfants. On place les haricots secs récoltés au sol et on les bat avec un bâton. Un grand nombre de haricots se mêlent à la terre, et seul un processus de séparation laborieux permet de les récupérer, un à un. Ici encore, cela est réalisé par des femmes et des enfants.

Toutefois, il est ressorti de la première conférence sur la réduction des pertes post-récolte en Afrique tenue à Nairobi, la semaine dernière, que nous pouvons investir dans l’innovation pour réduire les pertes alimentaires ainsi que les corvées des femmes liées à la récolte, au stockage et à la transformation. Voici quelques solutions nous permettant d’investir dans le soutien aux femmes afin de réduire les pertes après récolte :

  • Élaborer de nouvelles solutions qui permettent aux femmes de réaliser d’autres tâches, tout en réduisant les pertes. Par exemple, au Malawi, les chercheurs ont mis au point une tente solaire améliorée pour le séchage qui réduit le temps de séchage du poisson, tout en protégeant le poisson des contaminants comme les mouches et la poussière. En collaborant avec les coopératives de femmes, les femmes peuvent acheter des tentes solaires pour le séchage ou les louer de manière ponctuelle, au moment du séchage, auprès d’autres entrepreneurs de leur village.
  • Investir dans les entreprises appartenant à des femmes et donner à ces dernières accès au financement afin qu’elles protègent leur production et y ajoutent de la valeur. Bien que les femmes fournissent parfois jusqu’à 100 % de la main-d’oeuvre pour la production et la récolte des aliments, leurs entreprises demeurent souvent petites et marginales – et elles ne disposent souvent pas des outils ou des moyens pour conserver les aliments pour la vente. L’investissement dans les entreprises appartenant à des femmes peut réduire les pertes après récolte, leur permettre de générer des revenus et créer des occasions d’emploi pour d’autres femmes. Selon une étude menée au Malawi, les transformatrices de poisson qui avaient accès au crédit pour investir dans de meilleures solutions de transformation du poisson contrôlaient 80 % du commerce du poisson dans cinq des sites visés par l’étude.
  • Renforcer les réseaux de marchés pour veiller à ce que les femmes aient des acheteurs pour leurs produits. Par exemple, au Kenya et en Ouganda, des chercheurs et une entreprise privée ajoutent de la valeur aux haricots en mettant au point des produits à base de haricots précuits, prêts en 10 à 15 minutes, fournissant ainsi à de petites productrices de haricots un marché pour leurs haricots.
  • Supprimer les obstacles au commerce. Les femmes participent activement au commerce transfrontalier, et la suppression des obstacles peut faciliter l’accès aux marchés. En Afrique australe, par exemple, 70 % du commerce transfrontalier non officiel est réalisé par des femmes.

La conférence sur la réduction des pertes post-récolte en Afrique a rassemblé des organisations et des personnes qui s’efforcent de réduire les pertes alimentaires après récolte dans la région, au moment où plus de 20 millions de personnes doivent composer avec l’insécurité alimentaire – et dans certains cas, la famine.

L’investissement dans le potentiel des femmes en tant que productrices, transformatrices et commerçantes peut réduire les pertes alimentaires, garantissant l’accès à des aliments essentiels pour les personnes dans le besoin, tout en fournissant aux femmes les moyens économiques leur permettant de subvenir à leurs besoins, ainsi qu’à ceux de leur famille et de leur collectivité.

La version originale anglaise de cette lettre éditoriale a été publiée dans The Huffington Post le 4 avril, 2017.

Jemimah Njuki gère un portefeuille de projets liés à l’agriculture, à la sécurité alimentaire et à l’autonomisation des femmes au CRDI.

 

Lire plus du même auteur