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La recherche sur la santé maternelle concerne aussi les hommes

12 juin 2018

Ahmed Tareq Rashid

Policy Analyst, Employment and Social Development Canada

À première vue, la santé maternelle ne semble se concentrer que sur les femmes et les enfants. Après tout, il s’agit de la santé maternelle. Or, la santé des femmes pendant la grossesse et l’accouchement est également liée à une grande variété de facteurs non biologiques et non médicaux. Ces facteurs comprennent la valeur que les personnes et les collectivités accordent à la santé des femmes, l’accès à l’éducation et à l’information, et la capacité de prendre des décisions autonomes, notamment en ce qui concerne la participation à des cours de soins prénatals et l’accouchement dans un établissement de santé.

Bien que ces facteurs varient d’une région à l’autre et au fil du temps, ils touchent considérablement la santé des mères et de leurs bébés dans le monde entier. Comprendre pourquoi et comment ces facteurs jouent un rôle est indispensable pour surmonter les obstacles aux soins de santé maternelle et pour améliorer l’accès et l’utilisation des services et des structures sanitaires. Pour améliorer cette compréhension, il faut intégrer les considérations sexospécifiques dans la recherche et les interventions connexes.

La promotion de systèmes de santé qui tiennent compte des sexospécificités pour améliorer les résultats de santé maternelle et infantile est un objectif clé de l’initiative Innovation pour la santé des mères et des enfants d’Afrique (ISMEA), une initiative de 36 millions de dollars sur sept ans financée conjointement par les Instituts de recherche en santé du Canada, Affaires mondiales Canada et le CRDI.

La santé des femmes doit être l’affaire de tous

Les inégalités entre les sexes se reflètent de nombreuses façons, notamment par des pratiques discriminatoires et un accès inégal aux ressources. L’autonomisation des femmes a fait l’objet de nombreuses stratégies visant à remédier aux effets de l’inégalité entre les sexes sur la santé, mais cela est insuffisant. La recherche révèle que, lorsque c’est pertinent, la participation des hommes aux soins prénatals, à l’accouchement et aux soins postnatals peut contrer les obstacles à la santé maternelle qui sont enracinés dans des relations de pouvoir inégales et des perceptions rigides des rôles de chaque sexe.

Au Nigéria, le taux de mortalité maternelle est le deuxième plus élevé au monde avec 145 décès pour mille naissances. La recherche financée par ISMEA aide à mieux comprendre cet enjeu. Dans l’État de Bauchi, les enquêtes auprès des ménages ont révélé que les femmes étaient plus susceptibles de souffrir de complications pendant la grossesse ou l’accouchement si elles ne discutaient pas de la grossesse avec leur partenaire, si elles continuaient à travailler dur ou si elles étaient victimes de violence pendant la grossesse.

L’équipe de recherche (une collaboration entre la Federation of Muslim Women Association, la Bauchi State Primary Health Care Development Agency et l’Université McGill au Canada) a mis en oeuvre un programme de visites au domicile de toutes les femmes enceintes de la région visée par le projet. Pendant qu’une visiteuse discutait des risques de grossesse avec la femme, les visiteurs masculins partageaient les mêmes informations avec le partenaire. Les premiers résultats montrent que les attitudes changent. « Ma compréhension du sujet... a changé mes croyances, affirme un père de 27 ans. Je ne permets plus à ma femme de faire de gros travaux pendant la grossesse. »

La prise en compte des sexospécificités est bidirectionnelle

Il est important d’encourager les hommes à s’impliquer dans la santé de leur partenaire, mais il y a un danger à considérer l’implication masculine de façon trop étroite, en cherchant seulement à changer leurs comportements ou en les incluant comme un geste symbolique.

Une étude sur la participation des hommes à la grossesse et à l’accouchement en Tanzanie a révélé que les principaux obstacles à la participation des hommes étaient les rôles traditionnels de chacun des sexes (qui excluent la participation des hommes à l’accouchement), la peur du dépistage du VIH au dispensaire et le manque d’espace pour les hommes dans les salles d’accouchement. Ces résultats montrent que la lutte contre l’inégalité entre les sexes exige de comprendre les influences sous-jacentes complexes qui influent sur les comportements des femmes et des hommes.

Planification familiale

Les normes et les valeurs culturelles façonnent les attitudes des gens à l’égard de tous les aspects de la santé des femmes, y compris la contraception, pierre angulaire de la santé maternelle. Une étude publiée dans The Lancet cette année a révélé que les pays où existent une planification familiale et une couverture contraceptive supérieures, entre autres services, connaissent une meilleure santé maternelle et infantile.

En 2017, l’IMCHA a soutenu un groupe de neuf subventions de recherche pour étudier les moyens appropriés d’améliorer l’accès aux services de santé sexuelle et reproductive, y compris l’information et les services de contraception et d’espacement des naissances. Ces subventions mettent l’accent sur les sexospécificités afin de générer des données probantes pour concevoir des programmes de santé sexuelle et reproductive adaptés aux réalités culturelles. Ces subventions mettent l’accent sur le fait que si nous voulons changer le statu quo en matière de santé maternelle et infantile, nous devons placer l’égalité des sexes au centre des interventions sanitaires.

Le moment de passer à l’action

La santé des mères est fondamentale pour le développement. Bien que cela se reflète dans le cinquième objectif de développement durable de l’ONU visant à réaliser l’égalité entre les sexes, les progrès ont été relativement lents. Selon le rapport 2018 Chaque femme, chaque enfant, la lenteur des progrès, voire les reculs dans certains domaines de l’égalité des sexes, sont parmi les défis les plus importants en matière de santé mondiale.

C’est dans ce contexte que l’initiative ISMEA a intensifié son intérêt pour les sexospécificités en investissant dans des solutions pour s’attaquer aux causes profondes de la mortalité maternelle et infantile élevée. Les efforts d’ISMEA pour donner la priorité au genre et à l’équité dans la conception des interventions, et pour renforcer la capacité de recherche sur les sexospécificités, aident à générer des solutions durables pour une meilleure santé.

Ahmed Tareq Rashid est administrateur de programme au sein du programme Santé des mères et des enfants du CRDI.

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