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La résistance aux antimicrobiens dans la production animale est un problème de santé mondiale, mais les données montrent que le financement est concentré dans les pays à revenu élevé

24 novembre 2021

Renée Larocque

Spécialiste de programme principale

La résistance aux antimicrobiens (RAM) est un grave problème de santé publique qui, selon les estimations, tue 700 000 personnes par an et érode l'efficacité des antibiotiques qui sauvent des vies et dont nous dépendons. Non seulement la RAM présente des risques pour la santé humaine, mais elle a également de graves répercussions sur la santé et le bien-être des populations animales, avec des conséquences importantes sur la sécurité alimentaire et l'environnement. À l'échelle mondiale, les antimicrobiens achetés pour être utilisés dans le secteur animal sont presque deux fois plus nombreux que ceux achetés pour le secteur de la santé humaine. Il s'agit d'un fait inquiétant, car l'utilisation d'antimicrobiens chez les animaux peut entraîner la RAM chez les humains par des mécanismes de transmission directe et indirecte, comme l'exposition à du bétail infecté par des agents pathogènes de la RAM ou à de la viande contaminée vendue au détail. 

La RAM est un problème de développement international 

En 2016, l'ONU a reconnu que la RAM touche de manière disproportionnée les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire (PFR-PRI), où sa propagation est favorisée par une combinaison de facteurs liés à une mauvaise hygiène et à un mauvais assainissement, à un accès limité à des infrastructures de soins de santé adéquates et à un manque de réglementation. Les fardeaux les plus importants des maladies transmissibles sont également pris en charge par les PFR-PRI, où des données sur l'épidémiologie et le fardeau de la RAM sont généralement limités et où les ressources pour s'attaquer à ce problème sont les plus faibles. 

Les cartes mondiales de la RAM montrent des points chauds de résistance dans le nord-est de l'Inde, le nord-est de la Chine, le nord du Pakistan, l'Iran, l'est de la Turquie, la côte sud du Brésil, l'Égypte, le delta du fleuve Rouge au Vietnam et les régions entourant Mexico et Johannesburg. Les régions où la résistance commence tout juste à apparaître sont le Kenya, le Maroc, l'Uruguay, le sud du Brésil, le centre de l'Inde et le sud de la Chine. Compte tenu de la gravité et de l'étendue du problème, si l'on ne parvient pas à empêcher l'émergence continue de la RAM, les progrès réalisés dans le cadre des objectifs de développement durable seront probablement compromis.  

Pour faire face à l'émergence et à la propagation de la RAM dans le secteur animal des PFR-PRI, il faut des recherches propres au contexte dans les PFR-PRI menées par et avec des institutions de recherche locales. Afin de donner un aperçu de l'étendue des investissements en recherche qui répondent à ces critères et de cerner les lacunes en matière de données, le CRDI a collaboré avec le Global AMR R&D Hub en utilisant les données sur les investissements dans la RAM de son tableau de bord dynamique (« Dynamic Dashboard ») pour produire un rapport analysant les modèles de financement de la Recherche et Développement (R-D) sur la RAM en santé animale dans les PFR-PRI. En publiant ce rapport, nos deux organisations espèrent donner un aperçu des investissements et des lacunes en matière de données afin d'informer la communauté internationale et de fournir des données probantes pour aider à établir les priorités de financement futures dans la recherche sur la RAM. Voici les principales conclusions de cet exercice.  

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Charte de bar pour figure 1

Relativement peu de fonds vont directement aux institutions de recherche des PFR-PRI 

Bien que l'utilisation d'antimicrobiens dans le secteur animal dépasse largement l'utilisation en santé humaine, seulement 11 % de tous les financements de R-D enregistrés pour lutter contre la RAM concernent la santé animale, soit 8,91 milliards USD depuis 2017. Sur cette tranche de financement, moins d'un tiers – 301 millions USD depuis 2017 – concerne les PFR-PRI, et seulement 4 % de ce financement est destiné aux institutions de recherche des PFR-PRI (« investissements de type 2 »).  

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Figure 2

L'absence de financement direct des organismes de recherche basés dans les PFR-PRI est une lacune notable, car ces investissements permettent aux chercheurs des PFR-PRI de contribuer aux programmes de recherche mondiaux et de générer des connaissances pertinentes au niveau local pour les PFR-PRI.  

Le CRDI est l'un des rares bailleurs de fonds des investissements de type 2 dans le cadre du partenariat Solutions vétérinaires innovatrices pour la résistance aux antimicrobiens (InnoVet-AMR) avec le Global AMR Innovation Fund du Department of Health and Social Care du Royaume-Uni. Au moyen de ce partenariat, nous finançons les travaux de 11 organismes de recherche visant à mettre au point de nouvelles solutions de rechange aux antibiotiques pour la production d'animaux destinés à l'alimentation.  

Le financement de la R-D sur la RAM en santé animale est très concentré 

La majeure partie du financement de la R-D sur la RAM en santé animale provient de bailleurs de fonds basés au Royaume-Uni. Les données relatives aux investissements montrent clairement que le secteur public britannique est un leader mondial dans ce domaine. La forte concentration des bailleurs de fonds de ce type de recherche par le secteur public d'un seul pays peut présenter un risque à long terme, car la RAM est un problème mondial dont le risque est supporté par tous les pays. Pour continuer à faire progresser les connaissances et à élaborer des solutions en matière de RAM pour le secteur de la santé animale, il est important que le financement provienne de sources multiples.

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Figure 3

La recherche et développement sur la RAM en aquaculture reste sous-financée

Les systèmes d'aquaculture produisent une variété d'espèces bien plus grande que l'élevage d'animaux terrestres. Ce sous-secteur a connu une croissance extrêmement rapide au cours des 60 dernières années. La diversité des systèmes de production en aquaculture, combinée aux risques environnementaux importants associés à la contamination de l'eau, font de l'aquaculture un terrain fertile pour la recherche sur la RAM. Il s'agit d'une lacune prioritaire abordée par InnoVet-AMR : quatre des 11 projets soutenus par ce programme se concentrent sur les solutions de rechange aux antibiotiques pour l'aquaculture.

Conclusion

Les tendances en matière de financement de la RAM dans le domaine de la santé animale mises en évidence dans le rapport peuvent servir de point de départ pour combler les lacunes potentielles en matière de financement à l'échelle mondiale et guider les programmes de financement de la recherche. Pour s'attaquer à ce problème mondial, des solutions mondiales sont nécessaires, et il faut mobiliser les bailleurs de fonds, les organismes de recherche et les décideurs des PFR-PRI à tous les niveaux et en tant que partenaires égaux.


Lire le rapport au complet ici (en anglais)»