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Parvenir à une réelle égalité entre les sexes en ce qui concerne la santé des adolescents

27 juin 2017

Ayah Nayfeh

Agent(e) de gestion de programme

Montasser Kamal

Administrateur(trice) de programme, CRDI

Le monde n’a jamais compté autant de jeunes (de 10 à 24 ans) ayant atteint l’âge de la reproduction qu’aujourd’hui. Malheureusement, la réalité sociale, économique et environnementale place ce 1,8 milliard d’adolescents parmi les personnes les plus marginalisées et exclues au monde.

L’augmentation des conflits et de la fragilité politique dans plusieurs régions du monde ont exacerbé et enraciné les disparités relatives à la santé des jeunes, particulièrement pour les adolescentes qui font régulièrement face à des obstacles et à une réduction de l’accès aux soins de santé.

La santé sexuelle et reproductive, et les droits en découlant, est une pierre angulaire de la transition des adolescents vers l’âge adulte, mais l’accès limité aux services de santé sexuelle et reproductive continue d’empêcher les femmes et les filles de vivre de façon saine et sécuritaire, dans la dignité.

En effet, au cours des 20 dernières années, peu de progrès ont été accomplis pour faciliter un accès complet à ces services pour les adolescents. Une approche coordonnée et focalisée sur la santé sexuelle et reproductive des adolescents, et les droits en découlant, est une priorité importante pour l’avenir des activités d’aide internationale du Canada.

Des lacunes considérables dans la prestation de soins de santé aux adolescents pourraient faire reculer les progrès accomplis dans le domaine de la santé des mères, des nouveau-nés et des enfants au cours des dernières décennies. Plus de 16 millions d’adolescentes deviennent mères chaque année, ce qui représente 11 % des naissances à l’échelle mondiale. Les adolescentes sont plus susceptibles de tomber enceintes dans des communautés pauvres et peu instruites, où l’éducation sexuelle est insuffisante; les contraceptifs sont difficiles à obtenir; les jeunes filles sont particulièrement exposées à un risque de violence ou d’agression sexuelle élevé; et certaines filles sont soumises à des mariages précoces ou forcés.

Les adolescentes représentent plus de 62 % du taux d’infection au VIH et les complications liées à la grossesse ou à l’accouchement continuent d’être une des principales causes de décès chez les jeunes filles (de 15 à 19 ans) dans les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire.

Ces vulnérabilités sont encore plus importantes dans les contextes humanitaires et fragiles, où les femmes et les jeunes filles font face à des formes virulentes de violence sexuelle, de trafic, de sévices et de discrimination sexuelle. L’imprévisibilité et le caractère perturbateur de la situation des personnes déplacées et le manque d’accès aux contraceptifs et aux soins de santé augmentent encore plus le risque de grossesse imprévue chez cette population de jeunes femmes.

On estime que 17 % des décès maternels ont lieu dans des contextes humanitaires et les avortements pratiqués dans des conditions insalubres représentent à eux seuls 25 à 50 % des décès maternels des réfugiées dans le monde.

Ces faits ont poussé le Centre de recherches pour le développement international (CRDI) à approfondir ses travaux sur la santé des adolescents dans le contexte de son soutien continu envers la recherche sur la santé des mères et des enfants.

Le besoin d’en savoir davantage sur les façons d’autonomiser les adolescentes, en particulier, fait partie du message qui sera diffusé par le CRDI au quatrième Symposium mondial sur la recherche sur les systèmes de santé à Vancouver (C.-B.) du 14 au 18 novembre 2016. Le Symposium rassemblera des intervenants canadiens et étrangers importants pour discuter de thèmes relatifs à la mise en place de systèmes de santé résilients et réactifs, y compris le besoin d’étudier la santé des adolescents.

L’engagement du gouvernement du Canada à aborder les activités d’aide internationale sous un angle féministe donne au pays l’occasion unique de faire preuve d’un leadership mondial en matière d’autonomisation des femmes et d’égalité entre les sexes, et de poursuivre les objectifs de développement durable liés à la santé.

Le Programme de développement durable à l’horizon 2030 ne peut être réalisé sans l’augmentation de l’investissement concernant les adolescentes. Ce qu’il faut pour veiller à ce que les jeunes filles puissent devenir des adultes épanouies est une approche multisectorielle complète qui traite des causes fondamentales des grossesses chez les adolescentes et de la violence fondée sur le sexe; et qui soutient à l’échelle mondiale la santé sexuelle et reproductive des adolescents ainsi que les droits qui en découlent.

Il n’est pas acceptable que la plus grande cohorte d’adolescents jamais connue soit la plus grande population non desservie de l’histoire. Parvenir à une réelle égalité entre les sexes est primordial pour l’amélioration de la santé sexuelle et reproductive des adolescents, autant en tant qu’impératif des droits de la personne que pour améliorer les niveaux d’instruction, l’emploi, la paix et la sécurité. Cela permettra d’entamer un important dialogue visant à établir l’orientation à l’échelle mondiale du Programme à l’horizon 2030.

La version originale anglaise de cette lettre éditoriale a été publiée dans The Huffington Post le 3 novembre 2016. 

Ayah Nayfeh est agente de gestion de programme et Montasser Kamal est chef de programme Santé des mères et des enfants au CRDI.