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Un soutien international est requis pour lutter contre la COVID-19 dans les pays à faible revenu

16 avril 2020

Arjan de Haan

Directeur(trice), Économies inclusives, CRDI

La crise de la COVID-19 a paralysé l’économie mondiale, mais ce sont les travailleurs des pays les plus pauvres du monde qui sont particulièrement frappés de plein fouet. Parmi les premières victimes de la pandémie, citons les ouvrières d’usine dans des pays comme le Bangladesh qui ont perdu leur source de revenus lorsque les industries d’exportation ont fermé leurs portes, les travailleurs migrants qui sont particulièrement vulnérables pendant des confinements obligatoires et les vendeurs de rue qui ont perdu leur source de revenus et qui, dans certains cas, ont même été victimes d’actes de violence de la part de policiers.

« Ce dont le monde a besoin maintenant, c’est de la solidarité », a déclaré le secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, le 31 mars, faisant écho aux déclarations de nombreux autres dirigeants mondiaux. Les pays à faible revenu auront besoin d’un soutien international pour gérer les mesures budgétaires, mais aussi pour mettre en oeuvre des politiques sociales et des innovations de grande envergure, ciblées etsensibles au genre afin de lutter contre la pandémie, de soutenir les populations pendant la crise et de créer des conditions favorables à la reprise. « Tout ce que nous faisons pendant et après cette crise doit être fortement axé sur le renouvellement d’économies et de sociétés plus égales, plus inclusives, plus durables et plus résistantes aux pandémies, aux changements climatiques et aux nombreux autres défis mondiaux auxquels nous devons faire face », a déclaré António Guterres. 

Répercussions sociales et économiques touchant particulièrement les pays à faible revenu  

Les pays à revenu élevé ont lutté contre la pandémie de COVID-19 en mettant en place des mesures de santé publique de grande envergure, notamment l’éloignement social et le confinement obligatoire. De nombreux pays ont mis en oeuvre des politiques tout aussi vastes pour contrer les répercussions sociales et économiques de la pandémie, notamment, dans certains cas, des mesures de stimulation budgétaire prévues pouvant représenter jusqu’à 15 % du produit intérieur brut. Au Canada, ces mesures comprennent un soutien direct aux particuliers ainsi que des crédits et subventions salariales pour les entreprises afin d’éviter les licenciements. 

Les mesures de confinement obligatoire paralysant les sociétés et les économies constituent un défi sans précédent pour les nations prospères, mais les problèmes entourant la pandémie de COVID-19 sont aggravés dans les pays disposant de moins de ressources économiques, de systèmes de gouvernance plus faibles et de possibilités limitées pour imposer l’éloignement social. Outre les défis à relever concernant les systèmes de santé, un éventail d’enjeux socioéconomiques émergent déjà.

Les injections fiscales qui ont lieu dans les pays prospères sont beaucoup plus difficiles à mettre en place dans les pays du Sud. Les pays africains, en particulier, disposent de ressources fiscales limitées, notamment en raison du ralentissement économique progressif qui se manifeste depuis les dernières années, de la récente croissance de la dette extérieure et du fait que les investisseurs internationaux ont retiré des fonds des économies émergentes au début de la crise de la COVID-19. 

L’interruption des déplacements et les gels économiques à l’échelle mondiale frappent particulièrement les pays à faible revenu, car ces derniers sont très dépendants des échanges mondiaux. En plus du ralentissement des industries d’exportation, l’arrêt du tourisme a des effets considérables, surtout sur les pays d’Afrique de l’Ouest où l’industrie du tourisme commençait tout juste à se remettre de la crise du virus Ebola. 

Les pays à faible revenu ne disposent pas non plus de solides systèmes de protection sociale qui permettent aux pays plus prospères d’atténuer les effets immédiats sur leur population et de maintenir et promouvoir la cohésion sociale. Les régimes de transferts en espèces visant à appuyer les populations les plus pauvres ont connu une croissance dans les pays à faible revenu, mais non à une échelle suffisamment large pour mettre en place les mesures requises pour offrir un soutien aux millions de travailleurs qui ont perdu leur emploi. En outre, est-ce que ces régimes, qui ont été mis en place pour satisfaire à d’autres conditions (comme le Community Work Programme) seront adaptés à cette crise?

Les travailleurs informels, les migrants et les femmes sont les plus touchés

Les économies globales sont ébranlées par la crise entourant la COVID-19, mais l’ampleur des effets ressentis différera d’une catégorie de travailleurs à l’autre. Le secteur informel englobe une très grande partie de la main-d’oeuvre dans les pays à faible revenu. Ces travailleurs temporaires, vendeurs indépendants et soignants n’ont ni contrat de travail, ni sécurité d’emploi, ni assurance-emploi. Ils ont épuisé leurs sources de revenus et risquent de perdre leur logement.

Le sort des travailleurs migrants en Inde illustre de telles répercussions d’une manière extrême. Lorsque le gouvernement indien a annoncé le confinement obligatoire, des centaines de milliers de travailleurs migrants ont tenté de quitter les villes en prenant des trains bondés ou en parcourant des centaines de kilomètres à pied. Puisque ces travailleurs se sont dirigés vers des villages qui ne disposaient pas des infrastructures nécessaires pour les accueillir, ce mouvement de masse comportait d’énormes risques de propagation de l’infection. 

Les crises ont souvent des répercussions à long terme sur les femmes. L’Organisation mondiale de la Santé a récemment publié une mise en garde concernant le risque accru de violence familiale. Une recherche, appuyée par le programme Croissance de l’économie et débouchés économiques des femmes, démontre aussi que le confinement des femmes à domicile, combiné au nombre croissant de personnes tombant malades, peut accroître leurs responsabilités déjà lourdes en matière de soins. Le gel économique aggravera probablement les désavantages auxquels les femmes doivent faire face sur le marché du travail, car elles saturent le marché des emplois informels et ont moins accès à la sécurité sociale. Ces revers pourraient se faire sentir beaucoup plus longtemps une fois que les efforts de reprise seront entamés après la crise immédiate.

Une assise solide pour la reprise mondiale

Le soutien international est essentiel pour les pays ayant une capacité limitée à mettre en place des mesures d’intervention. Bien que le renforcement de la cohésion sociale et la création de conditions favorables à la reprise dépendent du soutien de tous les pays, les politiques et solutions publiques mises en place devraient être bien fondées sur des données probantes et sur les réalités locales. 

Au CRDI, nous sommes d’avis que les données et les éléments de preuve sont essentiels pour mettre au point des mesures appropriées visant à lutter contre la pandémie et à construire un avenir meilleur. Le Centre se prépare à soutenir les organismes de recherche dans les pays du Sud pour qu’ils puissent élaborer des politiques économiques en y intégrant des approches adaptées au contexte local, et s’assurer que les mesures prises s’attaquent aux inégalités et tiennent compte des besoins des femmes et des autres groupes vulnérables. 

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