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Donner un sens à l’argent : l’autonomisation des femmes par le financement

17 mars 2021
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L’autonomisation prend de nombreuses formes, et les personnes qui s’efforcent de lutter contre les inégalités dans le monde entier ont recours à un ensemble d’interventions pour soutenir les groupes vulnérables, marginalisés et défavorisés.

La clé pour des interventions réussies et durables contre les inégalités consiste à définir et à soutenir les initiatives qui permettent aux personnes marginalisées de s’autonomiser. Une véritable autonomisation, qu’il s’agisse des femmes, des minorités raciales, des peuples autochtones ou des groupes à faible statut socioéconomique, doit faire passer le pouvoir entre les mains de ces groupes. Dans cet esprit, deux projets Cultiver l’avenir de l’Afrique (CultivAF) cofinancés par le Centre de recherches pour le développement international (CRDI) et le Australian Centre for International Agricultural Research (ACIAR) ont utilisé les mécanismes de financement comme outils d’autonomisation.

Soutien financier à la technologie de la pêche

Le projet de pêche CultivAF au Malawi est un exemple de la manière dont le financement est utilisé pour améliorer les moyens de subsistance des femmes. Ce projet donne aux femmes les moyens de tirer parti de méthodes améliorées de transformation du poisson - des méthodes plus respectueuses de l’environnement, plus efficaces et plus rentables que les méthodes traditionnelles. Mais pour que les technologies se concrétisent pleinement, les femmes doivent avoir accès au financement.

Le projet a établi un partenariat novateur avec la FDH Bank, une banque commerciale privée, pour accorder des prêts aux transformateurs de poisson. Dans le cadre de la stratégie d’autonomisation des femmes du projet, les transformatrices de poisson bénéficient d’un taux d’intérêt réduit. Jusqu’à présent, la FDH Bank a prêté 19,6 millions de kwacha (31 893 CAD/32 564 AUD) à six transformateurs de poisson, dont trois femmes, qui ont utilisé la somme pour construire six séchoirs solaires, cinq fumoirs et deux entrepôts.

Dans le district de Mangochi, Atusaye Msiska, 28 ans, a obtenu un accord de financement de 2,9 millions de kwacha (4 740 CAD/4 815 AUD) auprès de la FDH Bank. Le financement, fourni sous forme de matériaux, a permis à Atusaye de construire une tente de séchage solaire, un fumoir à poisson et un abri de transformation du poisson. L’abri de transformation est couvert, ce qui signifie qu’Atusaye peut faire frire ou bouillir le poisson qu’elle a acheté sans craindre les intempéries pendant la saison des pluies. La protection contre les mouches et les contaminants a également permis d’améliorer la qualité et la durée de conservation de ses produits.

« Lorsque l’environnement commercial est favorable et que la demande est élevée, je réalise une marge bénéficiaire de 50 000 kwacha [81 CAD/83 AUD] par semaine », explique Atusaye, qui est mère seule. « Avec ce bénéfice, je prends soin de mon enfant et j’achète des produits de première nécessité. » Atusaye utilise également l’argent du prêt pour payer les frais de scolarité d’un cours avec diplôme au collège local, ainsi que le logement, la nourriture et les dépenses telles que les livres.

Adidya Mtenje, une autre bénéficiaire, travaille dans le secteur de la transformation du poisson depuis près de 20 ans. Elle a reçu un prêt de 2,9 millions de kwacha (4 740 CAD/4 815 AUD) de la FDH Bank. Elle a pu payé les fournitures nécessaires à la construction d’une tente de séchage solaire et d’un fumoir. Selon Adidya, l’amélioration des méthodes de transformation du poisson est extrêmement importante pour la vie des transformateurs de poisson. Les femmes, en particulier, en sont les principales bénéficiaires, car elles peuvent désormais être compétitives dans le commerce du poisson et se présenter dans les magasins haut de gamme avec des produits de meilleure qualité. Grâce aux prêts à taux réduit, les femmes peuvent également développer et améliorer leurs activités commerciales.

Le succès des prêts de la FDH Bank bénéficiera indirectement à toutes les femmes. Comme les femmes de CultivAF montrent qu’elles peuvent rembourser leurs prêts en temps voulu et de manière fiable, la FDH Bank et d’autres verront que prêter de l’argent aux femmes propriétaires d’entreprises est une option sûre.

Améliorer les moyens de subsistance des Ougandaises

Les initiatives relatives aux haricots précuits au Kenya et en Ouganda s’efforcent de lutter contre l’inégalité entre les sexes dans leurs chaînes de valeur et leurs communautés. L’initiative en Ouganda élabore un cadre numérique qui rémunère directement les agricultrices pour leurs produits. Les agricultrices reçoivent ainsi tout l’argent qu’elles gagnent, sans que les transactions ne soient détournées par leur mari. Le système donne aux femmes la possibilité de devenir des propriétaires d’entreprises autonomes, en leur permettant d’enregistrer leurs entreprises en leur nom et d’accéder aux bénéfices de manière indépendante, afin qu’elles puissent prendre leurs propres décisions quant à leur utilisation.

Les femmes bénéficient également de l’initiative du projet visant à fournir des semences de variétés de haricots améliorées aux agriculteurs locaux, ainsi que d’une formation aux bonnes pratiques agronomiques et à une meilleure gestion financière. L’une des bénéficiaires est Nalongo Nabukeera Mary, petite exploitante agricole en Ouganda et mère de huit enfants. Lorsque Mary a commencé à cultiver des variétés de haricots améliorées fournies par CultivAF, elle a constaté une amélioration considérable de sa productivité. Les initiatives du projet lui ont permis de récolter 470 kg de haricots après avoir planté seulement 30 kg de semences. Elle a ainsi gagné 940 000 shillings ougandais (326 CAD/332 AUD).

Mary a été sélectionnée pour représenter sa communauté à la plateforme d’innovation sur les haricots en 2016, où elle a pu acquérir des fonds du Masaka Microfinance Development Cooperative Trust (MAMIDECOT). MAMIDECOT fournit un soutien financier aux femmes et aux hommes pour les investissements agricoles et autres objectifs de développement. Mary a utilisé son prêt pour acheter une motocyclette pour son entreprise, payer les frais de scolarité de ses enfants et assurer la sécurité nutritionnelle de sa famille. Elle a depuis remboursé le prêt.

« Ma famille et moi avons pu améliorer notre production et notre consommation de haricots à haute teneur en fer et en zinc », s’enthousiasme-t-elle. « Cela nous a permis d’assurer notre alimentation, notre nutrition et nos revenus. »

L’autonomisation comme priorité

Quelle que soit l’intervention donnée, ces projets démontrent que le fait de permettre l’accès au financement ne donne pas seulement aux femmes le pouvoir d’entreprendre, mais profite également à leurs familles et à leurs communautés. Lorsque l’on s’attaque aux inégalités et que l’on fait de l’autonomisation une priorité, l’avenir est prometteur, non seulement pour les femmes, mais aussi pour la société dans son ensemble.