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Financer l’avenir de la pêche

7 septembre 2021
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Le fonds Cultiver l’avenir de l’Afrique (CultivAF) est un partenariat de 35 millions de dollars canadiens (37 millions de dollars australiens) sur dix ans entre le CRDI et le Australian Centre for International Agricultural Research (ACIAR). CultivAF finance la recherche appliquée visant à améliorer la sécurité alimentaire, la résilience et l’égalité des sexes en l'Afrique de l'Est et du Sud.

Au Malawi, trois poissons sur dix sont perdus en raison des techniques traditionnelles de traitement post-récolte. Les technologies avancées de transformation du poisson (ou IFPT, de l’anglais Improved Fish Processing Technologies), telles que les séchoirs solaires sous tente et les fours de fumage améliorés, sont respectueuses de l’environnement, efficaces et économiquement viables, comme l’a démontré le projet de financement inclusif pour le développement à plus grande échelle des technologies avancées de transformation du poisson. Cependant, le développement à plus grande échelle de ces technologies au Malawi n’a jusqu’à présent pas été couronné de succès, notamment en raison des difficultés financières rencontrées par les pêcheurs, plus précisément les femmes qui travaillent le plus souvent dans la transformation du poisson.

Pour aider à surmonter cet obstacle financier, un projet financé par le fonds Cultiver l’avenir de l’Afrique (CultiAF) - un partenariat commun entre le CRDI et l’Australian Centre for International Agricultural Research (ACIAR) - s’efforce de rendre accessible l’utilisation de ces innovations. Le projet utilise un modèle commercial qui fournit des fonds aux acteurs de la chaîne de valeur du poisson. Le modèle comprend un mécanisme de financement qui tient compte des sexospécificités dans le cadre d’un ensemble qui comprend un séchoir solaire à poisson sous tente et/ou un fumoir amélioré, la certification des produits du poisson transformés, l’accès officiel au marché et la transformation des normes sexospécifiques au sein des communautés.

Des prêts bancaires pour les « insolvables »

Le projet a établi un partenariat novateur avec la FDH Bank Limited du Malawi pour fournir aux transformateurs de poisson des prêts flexibles qui ne nécessitent pas de garanties importantes et qui tiennent compte de facteurs externes tels que le cycle saisonnier des prises. Les autres caractéristiques de cette entente sont les suivantes :

  • les prêts seront versés principalement par le biais de l’achat de matériel auprès de fournisseurs de confiance et de versements à des entrepreneurs agréés (pour la construction de technologies de transformation du poisson améliorées);
  • les transformateurs formeront des groupes afin d’assurer une certaine garantie sociale, et les membres de chaque groupe s’encourageront mutuellement à rembourser les prêts dans les délais;
  • Les bénéficiaires sont tenus de déposer une commission d’engagement d’entrée; Les montants varieront en fonction de la capacité.

Jusqu’à présent, 19,6 millions de kwacha malawiens (environ 31 890 dollars canadiens) ont été distribués entre six transformateurs de poisson (trois femmes, trois hommes). Les bénéficiaires ont utilisé les fonds pour construire six séchoirs solaires, cinq fours de fumage et deux entrepôts dans lesquels ils stockent leurs produits de poisson transformés.

L’initiative était prête à être élargie avant le début de la COVID-19, mais les restrictions qui ont suivi ont interrompu les activités du projet, notamment le rassemblement des pêcheurs qui visait à les informer sur la méthode de financement. Afin de continuer à sensibiliser les transformateurs à cette initiative en toute sécurité (et tous les acteurs de la chaîne de valeur du poisson), ceux-ci sont rassemblés en petits groupes et on leur fournit de l’équipement de protection individuelle, notamment des masques pour le visage.

Financement de l’autonomisation des femmes

Bien que les femmes travaillant dans la chaîne de valeur du poisson au Malawi soient le plus souvent impliquées dans la transformation du poisson, elles ont moins accès aux ressources commerciales, notamment au financement et aux informations sur le marché, que les hommes. Par conséquent, bien que le financement soit disponible pour les hommes et les femmes, la banque accorde aux femmes un taux d’intérêt réduit préférentiel dans le cadre de la stratégie du projet pour l’autonomisation des femmes, qui vise à promouvoir la mobilisation des femmes transformatrices de poisson.

Le projet s’efforce également de cerner et d’encourager activement les femmes à participer au programme de prêts. Une des participantes au projet est Atusaye Msiska, une mère célibataire de 28 ans du district de Mangochi, qui a réussi à obtenir un accord de financement de 2,9 millions de kwacha malawites (environ 4 740 dollars canadiens) avec la banque FDH. Le financement, fourni sous forme de matériaux, a permis à Atusaye de construire une tente de séchage solaire, un fumoir à poisson et un abri de transformation du poisson. L’abri de transformation est couvert, ce qui signifie qu’Atusaye peut faire frire ou bouillir le poisson qu’elle a acheté sans craindre les intempéries pendant la saison des pluies. La protection contre les mouches et les contaminants a également permis d’améliorer la qualité et la durée de conservation de ses produits.

« Lorsqu’elle aura utilisé ses installations pendant toute l’année, nous nous attendons à ce qu’Atusaye réalise une marge de profit d’environ 5,6 millions MK [environ 6 900 dollars canadiens] », a expliqué Levison Chiwaula, chercheur principal du projet.

Une autre façon pour le projet de s’attaquer à l’inégalité entre les sexes consiste à recruter et à former des « champions du genre » qui sensibilisent les membres de la communauté aux questions de genre dans la chaîne de valeur du poisson. Jusqu’à présent, 36 champions (25 hommes et 11 femmes) ont été sélectionnés et formés. Ils ont ensuite formé 319 autres champions (123 hommes, 196 femmes) en travaillant avec les chefs de communauté. Le projet encourage la tenue de discussions et les rencontres de mobilisation au sein des communautés afin d’éduquer ses membres sur les technologies avancées de transformation du poisson et les initiatives de financement, ainsi que sur les inégalités de pouvoir et les normes sociales sous-jacentes qui doivent être abordées pour assurer une plus grande participation des femmes et des jeunes.

Une nouvelle norme

Pour améliorer le potentiel de commercialisation du poisson produit à l’aide des technologies avancées de transformation du poisson, le projet a créé deux normes : une pour le poisson fumé et une pour le poisson séché. Ces normes n’existaient pas avant le projet et, par conséquent, les produits de la pêche commercialisés n’étaient pas classés de manière cohérente par le Bureau des normes du Malawi (ou MBS, Malawi Bureau of Standards). Grâce à ces documents, le bureau sera en mesure de réglementer le poisson disponible dans les supermarchés et les producteurs de poisson pourront vendre leurs produits sur les marchés officiels à des prix plus élevés. Avec les normes en place, les consommateurs de poisson seront également protégés contre les produits de mauvaise qualité.

Conclusions

Le projet a testé l’efficacité d’une solution de financement innovante, qui s’est avérée à la fois inclusive en termes de genre et suffisamment flexible pour prendre en compte les caractéristiques uniques du secteur de la pêche, ainsi que des exigences de l’institution de financement. L’application d’un modèle d’entreprise qui fournit ce mécanisme de financement aux communautés de pêcheurs, combiné à des initiatives de renforcement des capacités, à des approches sexospécifiques et à la certification des produits de la pêche par le MBS, s’avère également efficace pour engager et autonomiser les femmes transformatrices, et pour entreprendre l’extension des technologies avancées de transformation du poisson afin d’assurer une meilleure qualité des produits de la pêche. À l’avenir, le projet continuera à suivre les bénéficiaires afin de surveiller l’évolution de leurs entreprises, ainsi que leur capacité à rembourser leurs prêts.

Faits saillants

  • La technologie des tentes de séchage solaire peut réduire de plus de la moitié les pertes de poisson après récolte par rapport au séchage traditionnel au soleil en plein air.
  • Un mécanisme de financement inclusif permettant aux pêcheurs d’acquérir cette technologie de traitement a été négocié et approuvé avec une banque commerciale privée.
  • Les femmes de la chaîne de valeur du poisson, qui n’étaient auparavant pas en mesure d’accéder aux prêts, ont déjà accès aux fonds grâce à ce mécanisme de financement.
  • Les transformateurs de poisson peuvent rembourser le prêt de 2,5 millions de kwachas malawites (environ 4 780 dollars canadiens) en 20 mois.