Aller au contenu principal

Modèles évolutifs et durables pour lutter contre le ver solitaire par la vaccination des porcs

2 septembre 2021

Taenia solium, communément appelé le ver solitaire du porc, est un parasite transmis à l'humain par le porc, et vice versa. La forme adulte du T. solium cause le téniasis chez l'humain, et les larves causent la cysticercose chez le porc. Si l'humain ingère les œufs du T. solium, les larves peuvent se loger dans le système nerveux central, causant la neurocycticercose et pouvant mener à des crises, de l'épilepsie et d'autres troubles neurologiques. Ces formes de la maladie parasitaire sont négligées et touchent principalement les communautés pauvres dû à de mauvaises conditions d'hygiène. Dans les communautés endémiques, jusqu'à 70 % des cas d'épilepsie ont été associés à la cysticercose. Bien que n'importe qui puisse être infecté par le parasite, l'infection comporte une stigmatisation et un risque de violence sexospécifique plus importants pour les femmes, car l'épilepsie est souvent associée à des accusations de sorcellerie. Dans de nombreuses régions, les porcs sont une espèce de prédilection pour les femmes petites exploitantes agricoles et sont une source de revenus importante.

Bien que les porcs soient responsables du maintien du cycle de transmission du parasite, ils ne tombent pas malades. En fait, ils peuvent abriter des centaines de parasites et avoir l'air en bonne santé. Comme le cycle de transmission implique un assainissement déficient où les porcs entrent en contact avec des matières fécales humaines, la maladie est endémique dans les communautés les plus pauvres et les plus vulnérables, où les porcs sont en liberté et où la défécation en plein air est courante. La maladie ne touche pas les systèmes de production de porc qui suivent les pratiques sanitaires standard.

Bien qu'il existe un vaccin efficace pour le bétail contre T. solium, appelé Cysvax, les taux d'adoption du vaccin restent faibles. Un facteur important qui influence la demande de vaccin est que la cysticercose porcine n'entraîne généralement pas de perte économique directe pour les propriétaires des animaux. Comme les porcs infectés ne présentent aucun signe extérieur d'infection, les propriétaires ne sont souvent pas conscients du problème. De plus, les éleveurs ne sont pas toujours conscients que l'infection chez les porcs est liée à la neurocycticercose chez l'humain.

Mise à l’essai d’une nouvelle approche d’« Une seule santé »

Ce projet propose de mettre à l’essai un modèle de lutte contre les maladies qui utilise l’approche d’« Une seule santé ». Il implique des interventions coordonnées pour cibler et lutter contre la maladie dans les populations humaines et porcines et éliminer la maladie dans des régions ciblées de Madagascar. Cela est important, car le cycle du parasite implique la transmission entre les hôtes humains et porcins, et il peut survivre pendant des années chez les deux espèces. Le projet regroupera la vaccination et des interventions médicamenteuses chez les porcs pour traiter les kystes, ainsi que le traitement chez les porteurs humains du ver solitaire. Par rapport aux précédents essais contrôlés menés dans plusieurs régions du monde, qui se sont avérés extrêmement coûteux, les coûts seront maintenus bas grâce à une fréquence réduite des interventions. Le projet comprendra également une mobilisation de la communauté pour accroître la sensibilisation à la maladie, ainsi que pour promouvoir des mesures de santé publique et des pratiques d’élevage de porcs plus sûres afin de réduire la transmission de la maladie entre les porcs et les humains.

Résultats escomptés

L’un des principaux résultats du projet sera la réduction durable de la transmission de T. solium en vue de l’éliminer à terme en tant que problème de santé publique dans les zones ciblées. Si cet objectif est atteint, il ne sera plus nécessaire de poursuivre les vaccinations Cysvax dans ces régions. Cela contribuerait à améliorer la santé des populations à risque, à diminuer la survenue de la violence sexospécifique attribuée à l’épilepsie chez les femmes et les filles, et à réduire les pertes économiques. Si le modèle de l’approche « Une seule santé » s’avère fructueux et rentable, il pourrait être reproduit dans d’autres régions où la maladie est endémique et contribuer à une stratégie pour une campagne mondiale d’éradication de la cysticercose et de la neurocysticercose porcine.

Organisations responsables

Le projet est une collaboration entre l’Université de Melbourne en Australie et le Centre National de la Recherche Appliquée au Développement Rural à Madagascar.

  • Durée : 30 mois
  • Budget : 1,8 million de dollars canadiens

Ce projet est financé par le Fonds d’innovation en vaccins pour le bétail (FIVB), un partenariat entre la Fondation Bill et Melinda Gates, Affaires mondiales Canada et le CRDI.