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Nouvelles perspectives relatives aux interventions face aux chocs : étude des répercussions de la pandémie COVID-19 sur les systèmes alimentaires

10 mars 2022

La pandémie de COVID-19 a profondément transformé le monde, provoquant des chocs systémiques de grande ampleur en raison d'un degré sans précédent de connectivité de notre société mondiale contemporaine. Faisant suite à une initiative de recherche d'une durée d'un an menée par le CRDI et ses partenaires, un nouveau rapport présente une analyse complète des répercussions de la pandémie sur les systèmes alimentaires, de l'efficacité des interventions déployées par les communautés et les autorités régionales face à ces répercussions, et des interventions possibles à long terme pour améliorer la résilience.   

Même si la pandémie est avant tout une crise en matière de santé publique, ses répercussions ont été ressenties dans tous les systèmes humains modernes, notamment les systèmes alimentaires.    

Le rapport révèle des répercussions négatives importantes sur la production alimentaire, le commerce et les moyens de subsistance en particulier des femmes et des communautés à faibles revenus. L'étude, qui a duré un an, porte sur les répercussions de la pandémie sur toutes les dimensions de ces systèmes alimentaires – production, commercialisation, transport et transformation. Par exemple, la disponibilité des produits alimentaires a été réduite dans de nombreux cas et les prix ont augmenté, avec une hausse importante du nombre de personnes touchées par l'insécurité alimentaire.  

Ces répercussions découlent souvent des mesures mises en œuvre pour contenir la crise de santé publique, telles que les restrictions en matière de mouvement et de rassemblements. Ces mesures ont eu des conséquences négatives involontaires sur les systèmes alimentaires, en particulier sur les activités dans les marchés dont la plupart des gens dépendent pour leurs revenus et leur survie, notamment pour l'accès aux intrants et la vente et l'achat de nourriture. Les conséquences inattendues des mesures en matière de santé publique ont nécessité des réponses politiques pour aider les citoyens à faire face aux défis de maintenir leurs moyens de subsistance et leur sécurité alimentaire. Ces interventions étaient souvent mal ciblées et n'ont pas réussi à soutenir les groupes clés des systèmes alimentaires, notamment les producteurs, les éleveurs, les femmes, les groupes à faibles revenus et les commerçants informels.  

Dans l'ensemble, la pandémie et les interventions qui ont été mises de l'avant pour la contenir semblent avoir accru la pauvreté et les inégalités sociales, en particulier dans les communautés rurales, les ménages dirigés par des femmes et ceux qui dépendent des marchés informels. Afin d'améliorer la résilience future face aux chocs, il faudra repenser les systèmes de protection sociale et la manière dont les systèmes alimentaires et les chaînes d'approvisionnement sont organisés.  

Le rapport indique clairement que la pandémie a exacerbé les défis préexistants de nos systèmes alimentaires. Il s'agit notamment de la vulnérabilité croissante des systèmes alimentaires face aux changements climatiques extrêmes tels que les sécheresses prolongées ou les pluies irrégulières et les inondations; de l'inégalité sociale et de genre croissante dans la répartition des rôles, des responsabilités et dans la participation à la prise de décision; et de l'exposition inégale à des modes de consommation alimentaire malsains.  

Le rapport souligne également que, dans de nombreux cas, les fermetures et les restrictions ont renforcé et exacerbé les inégalités entre les sexes dans les systèmes alimentaires, et que les mesures prises par les gouvernements étaient mal ciblées en ce qui concerne les femmes. Par conséquent, les politiques neutres en matière de genre ont eu des répercussions avec un biaisées par rapport au genre.  

Par exemple, les politiques qui visaient les entreprises alimentaires formelles excluaient les femmes à faibles revenus engagées dans la production et le commerce informel. Mais l'étude révèle également que, dans de nombreux cas, les femmes ont joué un rôle important dans les mesures adoptées par les ménages – en se lançant dans de nouvelles activités économiques ou en poursuivant celles qui étaient devenues illégales en raison de restrictions pour subvenir aux besoins de leur famille. Beaucoup d'entre elles ont indiqué qu'elles avaient gagné en confiance et qu'elles avaient davantage voix au chapitre dans la prise de décision concernant l'utilisation des ressources du foyer. Dans tous les cas, la recherche a montré que les travailleurs informels étaient particulièrement touchés par les fermetures de marché ainsi que par les autres restrictions, mais qu'ils avaient peu accès à l'aide.  

Dans l'ensemble, le rapport a permis de tirer de nombreux enseignements pertinents sur la façon dont nous comprenons les interventions face au choc à travers le prisme rétrospectif de ce qui a été fait pendant la pandémie de COVID-19. Ces résultats peuvent orienter les décideurs politiques, les bailleurs de fonds et les chercheurs qui pourront ainsi agir à l'avenir en tenant compte de la complexité du défi. Les gouvernements peuvent faire mieux en mettant en œuvre des interventions plus holistiques pour faire face aux chocs, en tenant compte des conséquences involontaires des décisions, en intégrant diverses voix dans le processus d'élaboration des politiques, en ciblant les mesures de soutien en fonction de ces diverses perspectives et en adaptant les interventions pour des solutions plus axées sur les systèmes.    

Pour rendre nos systèmes alimentaires plus inclusifs, plus sains et plus résistants face aux changements climatiques et à d'autres chocs comme la pandémie de COVID-19, il ne suffit pas d'améliorer l'efficacité des modèles actuels des systèmes alimentaires; nous devons également relever les défis structurels existants. Comme l'a souligné le Sommet sur les systèmes alimentaires de 2021 des Nations Unies, cette transformation est essentielle pour que les systèmes alimentaires soient adaptés et répondent aux besoins des 820 millions de personnes souffrant de la faim et de deux milliards additionnels qui souffrent de déficience en micronutriments essentiels ou de maladies chroniques connexes. 

Faits saillants

  • Les interventions à l'égard de la pandémie imposées par les gouvernements – comme la restriction des rassemblements communautaires, la fermeture des marchés alimentaires, la fermeture des routes et la création de points de contrôle surveillés par la police pour limiter les déplacements – ont eu des répercussions importantes sur les systèmes alimentaires, couvrant les aspects en amont, en milieu et en aval de la chaîne alimentaire, avec des répercussions davantage aiguës pour les femmes.  

  • Si l'efficacité respective de ces interventions pour atténuer les perturbations des systèmes alimentaires varie, trois thèmes clés sont apparus pour analyser les différents vecteurs des interventions face à la pandémie de COVID-19 : les mesures d'interventions (État, aide, localités, ménage); les marchés et la mobilité; et le genre. 

  • Il existe de nombreuses façons de mieux positionner les systèmes alimentaires pour intervenir face aux chocs futurs, dont la fréquence devrait augmenter en raison des changements climatiques. Les systèmes de protection sociale existants sont faibles et doivent être renforcés. L'amélioration de la résilience des systèmes alimentaires nécessite la restructuration des chaînes d'approvisionnement afin qu'elles soient davantage diversifiées et plus courtes, et qu'elles disposent de meilleures infrastructures.